Le neurofeedback, un outil inédit au service de la relaxation

 

Méditation, yoga, sophrologie … autant de pratiques prouvées efficaces pour lutter contre le stress et apprendre à se relaxer et lâcher prise. Une autre pratique encore peu connue du grand public, et pourtant existante depuis les années soixante, va plus loin en proposant un accompagnement au bien-être inédit : il s’agit du neurofeedback, une pratique d'entraînement cérébral. S'entraîner à se relaxer, c’est possible ?

 

 
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La découverte du neurofeedback dans les années 60

Tout commence en 1924 quand Hans Berger, psychiatre allemand, curieux de comprendre les mystères du cerveau humain, construit le premier électroencéphalographe. Cette méthode d’exploration cérébrale consiste à mesurer l’activité électrique du cerveau au moyen de capteurs passifs, disposés sur le cuir chevelu. L’électroencéphalographie, dit EEG, est une révolution pour l’époque et ouvre une porte inédite vers la compréhension du fonctionnement cérébral. Utilisant l’EEG, Hans Berger est alors le premier à décrire et enregistrer les différentes ondes cérébrales présentes dans le cerveau, notamment les ondes alphas, ondes liées aux états de relaxation du cerveau, connues également sous le nom d’ondes de Berger.  

En 1958, Joe Kamiya, psychologue et chercheur à l’université de Chicago, s’appuie sur les travaux de Berger pour chercher à comprendre l’existence, ou non, d’une relation entre l’activité des ondes cérébrales et la conscience. Fasciné par la possibilité qu’offre l’EEG de mesurer l’activité cérébrale, Kamiya pose alors le postulat inédit et révolutionnaire que l’homme est en capacité de contrôler sa propre activité cérébrale. Commencent alors une série d’expérimentations qui vont lui donner raison : il démontre que l’homme est capable de moduler par lui-même ses ondes cérébrales, et qu’en s’exerçant régulièrement, ses modulations peuvent avoir un effet sur le long terme. Le principe de neurofeedback est né.

 

Le neurofeedback, comment ça marche ?

Le neurofeedback, ou biofeedback, est une méthode non invasive et indolore. Des électrodes placées sur le cuir chevelu permettent d’extraire des informations sur l’activité électrique du cerveau (l’EEG dont nous avons parlé en amont). Ces informations sont ensuite converties en un élément visuel, sur un écran par exemple, ou auditif, grâce à un son. Cet élément varie en fonction du signal EEG et permet ainsi au sujet de prendre conscience de sa propre activité cérébrale en direct. Dans le cas de l’apprentissage par neurofeedback de la relaxation  par exemple, le sujet aura un retour sonore ou visuel sur son état de relâchement. En fonction du résultat entendu, il peut alors chercher à la modifier, à la réguler, de façon à ce que le retour visuel ou sonore témoigne d’un état relaxé.

Les fréquences visées et la partie du cerveau soumises à l’EEG sont ainsi spécifiques au problème que l’on souhaite travailler. Le casque Melomind par exemple travaille sur les états de relaxation : les électrodes sont donc placées sur les zones pariétales du cerveau, là où les ondes alpha, ondes liées aux états de relaxation, sont les plus fortes.

La régularité est clef dans la technique d’apprentissage par neurofeedback : c’est grâce à la plasticité cérébrale du cerveau, cette incroyable capacité de notre cerveau à s’adapter en permanence à l’environnement en créant de nouvelles connections entre les neurones lors d’un nouvel apprentissage ou d’une nouvelle expérience, qu’il est possible d’opérer un changement sur le long terme.

Finalement, le neurofeedback vient tout simplement renforcer un processus naturel existant !

Le neurofeedback, utilisé d’abord comme outil de traitement des troubles pathologiques, propose aujourd’hui d’accompagner l’apprentissage du bien-être.

Depuis sa découverte dans les années soixante, le neurofeedback est resté très restreint au monde de la clinique et de la recherche. L’absence de consensus fort sur son impact et ses résultats l’a longtemps maintenu dans un environnement privé et spécialisé. Le neurofeedback a majoritairement été utilisé pour traiter des pathologies telles que l’épilepsie (1), la dépression (2), ou encore les addictions à l’alcool et à certaines drogues (3). La plus importante utilisation clinique observée concerne le traitement des troubles liés au déficit de l’attention (ADHD)(4) chez les enfants et adultes, ainsi que le traitement des troubles de l’anxiété (5), et des troubles liés au stress, notamment les troubles de stress post-traumatique (PTSD)(6).   

Plus récemment, en plus de traiter des troubles pathologiques, la pratique de neurofeedback s’est fortement positionnée comme outil d’amélioration de la performance (7), et ce sur des sujets en bonne santé ne présentant pas de troubles notoires. Plusieurs études ont démontré qu’une pratique régulière de neurofeedback permettait d’améliorer certaines fonctions cognitives, comme l’imagerie mentale (8), la mémoire active (9), et l’attention (10). Le neurofeedback peut moduler les fonctions du système visuo-moteur (11) en améliorant par exemple la psychomotricité (12), ou l’apprentissage procédural (13). Parce qu’il permet aux individus d’apprendre à contrôler une région de leur cerveau, le neurofeedback est un véritable outil d’accompagnement au bien-être : il permet une meilleur gestion émotionnelle, une meilleur gestion du stress, ou encore un apprentissage de la relaxation, et ce, par soi-même.

 

Une pratique dans l’air du temps, en phase avec un monde en transformation.

Transformation technologique, culturelle, maturité scientifique … la re-découverte de la pratique de neurofeedback fait écho au monde qui nous entoure. C’est grâce à la transformation technologique qu’elle devient aujourd’hui accessible au grand public : plus besoin de casque aux dizaines d’électrodes pour enregistrer un EEG en clinique. La vague des “wearables” (objets portables) a permis aux équipes Melomind d’imaginer un casque sans fil capable de pratiquer un EEG de qualité, proposant ainsi un entraînement par neurofeedback clef en main, faisable au travail ou à la maison en quelques minutes.

 

Cette pratique fait également écho aux transformations culturelles profondes qui nous entourent. L’introspection est un sujet commun, important, non plus tabou. La méditation, le yoga, le travail sur soi, une attention portée à une nutrition saine sont des pratiques devenues quotidiennes, et témoignent d’un désir fort d’attention à soi et de temps pour soi. Dans notre monde d’instantanés, le neurofeedback redonne un temps au cerveau pour se réguler. Et il va même plus loin : il redonne aux individus le contrôle sur leur capacité à se transformer.


(1) Sterman, 2000; Tan et al., 2009

(2) Baehr, Rosenfeld, & Baehr, 1997; Hammong, 2005; Paquette, Beauregard, & Beaulieu-Prévost, 2009

(3) Peniston & Kulkosky, 1989, Sokhadze, Cannon, & Trudeau, 2008

(4) Fox, Tharp, & Now, 2005; Arns, de Ridder, Strehl, Breteler, & Coenen, 2009; Gevensleben et al., 2009; Lofthouse, Mcburnett, Arnold, & Hurt, 2011

(5) Moor, 2000; Hammong, 2005; Fisher & others, 2010

(6) Lande, Williams, Francis, Gragnani, & Morin, 2010

(7) Vernon, 2005, Gruzelier, 2014 for reviews

(8) Hanslmayr, Sauseng, Doppelmayr, Schabus, & Klimesch, 2005; Zoefel, Huster, & Herrmann, 2011

(9) Vernon et al., 2003; Escolano, Aguilar, & Minguez, 2011; Nan et al., 2012

(10) Egner & Gruzelier, 2001; Egner & Gruzelier, 2004

(11) Beatty, Greenberg, Deibler, & O'Hanlon, 1974; Landers et al., 1991

(12) Doppelmayr & Weber, 2011

(13) Reiner, Rozengurt, & Barnea, 2013

 
Florence Vuong